La vraie sagesse est de ne pas sembler sage

plaisir, desir, pin-up,etc.

21 mars 2008

Les Yeux d'Elsa


Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Louis Aragon

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06 mars 2008

Sagesse II - III - XV

    La mer est plus belle
    Que les cathédrales,
    Nourrice fidèle,
    Berceuse de râles,
    La mer sur qui prie
    La Vierge Marie !

    Elle a tous les dons
    Terribles et doux.
    J'entends ses pardons
    Gronder ses courroux.
    Cette immensité
    N'a rien d'entêté.

    Ô ! si patiente,
    Même quand méchante !
    Un souffle ami hante
    La vague, et nous chante :
    " Vous sans espérance,
    Mourez sans souffrance ! "

    Et puis sous les cieux
    Qui s'y rient plus clairs,
    Elle a des airs bleus,
    Roses, gris et verts...
    Plus belle que tous,
    Meilleure que nous !

Paul Verlaine

Posté par druuna75 à 21:59 - Poéme - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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